L’emploi des termes zeugma et zeugme remonte au XVIIe siècle. Il s’agit d’une figure de rhétorique très employée par certains poètes comme Virgile.

le zeugme

Définition du zeugme

Encore appelé attelage, le zeugma ou zeugme vient du grec ancien ζεῦγμα / zeûgma qui signifie « joug, lien, liaison ». C’est une figure de style qui consiste à associer trois termes dont deux dépendent d’un troisième. Les deux termes mis en rapport sont en principes dissemblables. Le troisième que nous considérons ici comme le premier autour duquel s’articulent les deux autres est généralement un verbe ou une préposition. L’association produit un sens différent à ce qui veut être exprimé, créant un effet humoristique, voire ironique. Ainsi, on a une sorte d’ellipse.

 

Portée stylistique

Le zeugme se rapproche d’autres figures de style à savoir : la concaténation, de l’anacoluthe et la syllepse de sens. Il permet de mettre en rapport l’abstrait et le concret dans une même phrase en créant un effet d’ironie. En effet, le zeugme s’articule autour d’une double construction visant à mettre en exergue l’implicite.

On distingue différents types de zeugmes à savoir : le zeugme syntaxique, le zeugme sémantique, le zeugme simple et composé.

 

Exemple de zeugme

« Il croyait à son étoile et qu’un certain bonheur lui était dû ». André Gide, Les Faux-monnayeurs

« Ces larges murs pétris de siècles et de foi ». Alphonse de Lamartine, Jocelyn

« Les clients, dont certains m’avaient reconnu et mon père toujours pas ». Pierre Desproges

On retrouve les premières utilisations de ce procédé rhétorique (oxymore) dans l’Antiquité. En France, on la considérait sous la dénomination de « opposition » et cela jusqu’au XVIIIe siècle selon De Jaucourt.

c'est l'oxymore?

 

Définition de l’oxymore

Il s’agit là d’une figure de rhétorique qui consiste à assembler dans une même phrase, deux termes, dont les sens, sont opposés. Ce peut être un nom et adjectif qui foncièrement ne se rejoignent pas, du point de vue de leur sens.

 

Portée stylistique

Oxymore tient ses racines du grec ὀξύμωρος (oxymôros). Il s’agit d’un terme de rhétorique dont nous retrouverons le sens dans le dictionnaire Grec ancien de Bailly. Ce dernier y définit le terme comme une « ingénieuse alliance de mots contradictoires ». Mais aussi, en décomposant le mot grec, on a Oxy (spirituel, aigu) et môros (mou, épais), qui montre que le mot est en lui-même aussi un oxymore.

En effet, il est employé pour créer un sentiment d’absurdité. Il faudra marquer un arrêt et retourner à la signification et aux différentes connotations des termes mis en relation pour faire ressortir les nuances sémantiques. L’oxymore appartient au groupe des figures de style qui servent à créer la surprise. Sa particularité est qu’elle exprime ou décrit une réalité inconcevable.

 

Exemples :

– « Elle se hâte avec lenteur » Jean de La Fontaine, Le Lièvre et la Tortue. Cette phrase se rapproche de l’expression latine « festina lente » qui signifie « hâte-toi lentement ».

– « Un affreux soleil noir d’où rayonne la nuit » Victor Hugo, Les Contemplations, « Ce que dit la bouche d’ombre ».

La rhétorique est l’art de savoir produire un discours bien articulé, cohérent et convaincant. Elle est se déploie aussi bien dans la communication orale qu’écrite. En effet, pour la beauté du langage, il existe des procédés spécifiques. Ce sont les figures de style, qui découlent de cet art qu’est la rhétorique. Il faudra remonter à l’antiquité avec Platon pour retrouver les premières évocations de figures rhétoriques.

figures de style

Qu’est-ce qu’une figure de style ?

Une figure de style est un procédé technique du langage utilisé pour densifier, embellir ou rendre plus expressif le discours. Elle apparaît généralement dans les textes littéraires. En faire usage dans le langage oral revient à faire preuve de grande éloquence. En effet, la majorité des figures de style n’apparaissent pas dans les interactions quotidiennes. Mais certaines ont pu intégrer le langage courant.

Les figures de style existent dans toutes les langues. En français, elles sont nombreuses et des spécialistes ont pu recenser une centaine depuis l’antiquité gréco-romaine.

Les différentes figures de style

On distingue 6 groupes de figures de rhétorique  à savoir : les figures de l’analogie, les figures de l’opposition, les figures de la substitution, les figures de la construction, les figures de l’amplification et les figures de l’atténuation.

 Les figures de l’analogie

La comparaison : elle permet d’établir un lien ou un rapport entre deux éléments dans une phrase en partant d’un point commun, créant ainsi une image.

Exemple : il crie comme un chien enragé.

La métaphore : elle fait ressortir avec insistant la ressemblance entre deux termes ou idées. Elle n’est pas à confondre avec la comparaison.

Exemple : ce monsieur est une véritable sangsue.

L’allégorie : elle consiste à représenter une abstraction (idée, sentiment, etc.) de façon imagée.

Exemple : Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l’ancre ! Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !  Baudelaire, Les Fleurs du Mal, “Le voyage”

La personnification : elle consiste à octroyer à un objet, une abstraction ou un animal une faculté humaine.

Exemple : ces voitures assourdissantes hurlaient autour de moi.

oxymore

 Les figures de l’opposition

L’antithèse : elle est une figure de style qui sert à créer une opposition pour mettre une idée en exergue en utilisant des termes contraires. Elle sert aussi à représenter deux aspects de la réalité en jouant sur leur contradiction et en soulignant leur opposition.

Exemple : une certaine obscurité commençait à tomber sur la clarté de son visage.

L’antiphrase : elle consiste à utiliser un mot ou une expression par ironie pour dire ce que l’on veut exprimer.

Exemple : vous devriez continuer ainsi, c’est magnifique ! (Pour dire à une personne que ce qu’elle fait est un désastre.

L’oxymore : elle consiste à mettre côte à côte dans une même phrase, deux mots ayant des sens contraires pour renforcer une idée.

Exemple : « Le superflu, chose très nécessaire ». Voltaire, Le Mondain

Le chiasme : elle consiste à réunir et à croiser des éléments de différentes expressions. Elle crée une vision symétrique (sur le modèle AB/BA) pour soit renforcer une opposition ou créer une union entre deux réalités.

Exemple : « Qui craint de souffrir, il souffre déjà de ce qu’il craint ». Montaigne, Essais

 Les figures de la substitution

La métonymie : elle est une figure de style de symbolisation. Elle sert à exprimer une idée en employant des termes qui ne désignent pas directement l’idée, mais qui s’en rapproche. En d’autres termes, on utilisera un autre mot pour nommer l’être ou l’objet.

Exemple : « Paris a froid, Paris a faim ».  Paul Éluard, Courage

La synecdoque : elle ressemble à la métonymie. Les mots employés ici ont une relation d’inclusion. On emploiera la partie pour le tout et la matière pour l’objet.

Exemple : il a enfin pu trouver un toit.

La périphrase : elle consiste à remplacer un mot par un groupe de mots pour désigner une même réalité.

Exemple : « Le pays du soleil levant ». Pour désigner le Japon

L’antonomase : c’est une figure de style dans laquelle un nom propre ou une périphrase est substitué par un nom commun. L’inversion est aussi valable pour l’antonomase (un nom commun est utilisé pour désigner un nom propre).

Exemple : c’est un véritable apollon. (pour dire qu’il est un bel homme)

 Les figures de la construction

Le parallélisme : elle consiste à répéter une construction de phrases dans un même d’un texte pour faire ressortir un certain rapport. C’est une figure d’insistance. Il s’agit d’une répétition en ceci que les parties similaires ont même longueur et sont mêmement construites.

Exemple : « Dieu aima les oiseaux et inventa les arbres. L’homme aima les oiseaux et inventa les cages ». Jacques Deval

L’ellipse : elle consiste à omettre un mot ou une expression importante à la compréhension de l’ensemble de la phrase ou du texte. Il s’agira pour le récepteur de faire un effort mental pour insérer ce qui manque.

Exemple : « Je t’aimais inconstant, qu’aurais-je fait fidèle ? » Jean Racine, Andromaque

L’anacoluthe : elle consiste à opérer une rupture dans la morphologie syntaxique d’une phrase. Elle peut être faite délibérément ou par inadvertance.

Exemple : « Et pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre ».  Jean de La Fontaine, le vieillard et les trois jeunes hommes.

L’asyndète : elle consiste à supprimer les liens logiques ainsi que les conjonctions qui devraient servir à rendre une phrase plus compréhensible.

Exemple : « VeniVediVici. Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ». Jules César

 Les figures de l’amplification

L’hyperbole : elle est une figure de style qui consiste à mettre en exergue une réalité ou une idée en exagérant. On s’en sert principalement pour ironiser ou faire une caricature.

Exemple : Son sac pesait au moins une tonne.

L’anaphore : elle est caractérisée par une reprise d’un même mot ou syntagme commençant des phrases ou des vers.

Exemple : « Il y aura des fleurs tant que vous en voudrez. Il y aura des fleurs couleur de l’avenir ». Aragon, Le Musée Grévin

La gradation : C’est une figure de style qui consiste à enchaîner des mots ou des groupes de mots dans un ordre croissant ou décroissant. Elle permet de mettre de la rythmique et de la musicalité dans une phrase afin de créer de l’intensité.

Exemple : « Elles piaillaient, beuglaient, hurlaient ». Baudelaire, Le Vieux Saltimbanque

La répétition : elle consiste à répéter un mot ou un groupe de mots à la fin de phrases ou vers.

Exemple : « La terre était grise, le blé était gris, le ciel était gris ». Jean Giono

La paronomase :elle consiste à réunir des paronymes dans une même phrase afin de créer une certaine amplification.

Exemple :  Qui vole un œuf vole un bœuf .

« Comparaison n’est pas raison ».

 

– Les figures de l’atténuation

La litote : elle consiste à ne pas dire assez pour exprimer beaucoup. Elle nécessite chez le récepteur une certaine acuité pour réaliser l’idée derrière.

Exemple : « Notre adieu ne fut point un adieu d’ennemis ».Corneille, Suréna

L’euphémisme : elle consiste à atténuer l’intensité ou l’impact d’une idée ou d’un fait jugé comme choquant ou déplaisant.

Exemple : «L’Époux d’une jeune beauté partait pour l’autre monde » La Fontaine, Fables, La Jeune Veuve