Dans notre monde hyper-connecté et infobèse, difficile de lâcher prise et de s’abandonner. Toujours sollicités par nos smartphones, enfermés dans une logique de rentabilité, nous aurions pourtant beaucoup à gagner à ralentir, pour apprécier à nouveau un art poétique de la vie, tant pour notre psychologie individuelle que pour notre destin en tant qu’humanité. Dans cet article, je me permet de suggérer rien de moins qu’un moyen de retrouver prise avec le réel.

tu seras un homme si tu sais lâcher prise …

Lâcher prise pour nous réapproprier le cours du temps

Pris dans le courant de notre fil Twitter, rythmé par les notifications de nos appareils ou nous déplaçant à toute vitesse dans un TGV, nous avons perdu le sens du temps. Plus vite, plus efficace… Nous ne sommes même plus capables de prendre le temps de la marche ou de la rêverie. Une seule solution, même si elle est difficile : lâcher prise, accepter et attendre. Qui sait ? Peut-être ressentirons-nous, entre les lignes du métro et dans les moments perdus de notre quotidien, la beauté de ce qui est.

Lâcher prise pour nous reconnecter à l’art poétique du réel

À trop vouloir contrôler nos vies, nous n’écrivons plus le poème sur la vie, celui qui nourrit notre personne et notre existence de quelque chose de plus grand que le simple cours des choses. Comment écrire notre propre histoire et laisser notre cerveau sur-sollicité remettre chaque événement de notre vie à sa place, si nous ne lui laissons plus le temps de le faire ? Notre bien-être psychologique et la cohérence de notre être payent les pots cassés de notre attitude.

En somme : reprenons tout simplement goût au réel !

En intégrant le lâcher-prise dans notre vie, nous pouvons espérer retrouver une simplicité et une qualité de vie que nous avions oublié. Sur le plan de notre psychologie individuelle, c’est le seul moyen d’éviter les grands maux de notre époque : le burn-out, l’accélération du temps et la perception de plus en plus factuelle de la vie, comme une course dénuée de toute poésie. Lâcher prise, c’est en réalité reprendre prise avec ce qui compte vraiment.

L’humain est par définition constitué d’émotions. Lorsque celles-ci nous traversent, elles semblent tout à fait naturelles et spontanées. Indispensables pour interagir et être accepté en société, les émotions, puisqu’elles proviennent de soi ne sauraient mentir.

Les émotions et l’éducation

Pourtant bon nombre d’émotions sont acquises par l’enfant au contact de ses parents. L’enfant se construit par mimétisme et absorbe tout ce qui l’entoure. En testant ses réactions ou observant celles de ses proches, il comprend et ajuste sa propre façon d’être. Loin d’être innées, elles seraient plutôt un apprentissage. D’une part, transmis malgré soi donc, et d’autre part transmis au travers de l’éducation.
En effet, celle-ci joue un rôle en ce sens qu’elle sert à inculquer des codes et des coutumes, auxquels il est indispensable d’adhérer.

L’identification émotionnelle

L’identification est un concept essentiel pour un jeune enfant. D’autant plus important qu’il la recherche au sein de sa sphère familiale. De ce fait, il lui est facile de transposer un mal-être ou d’autres émotions associées à un souvenir particulier, à lui-même. Il absorbe sans conscientiser et associera donc aisément le vécu émotionnel d’une tierce personne, comme étant ses propres émotions.

La tromperie et la légèreté des émotions

La psychologie explique aujourd’hui qu’une personne souffrant d’une blessure ancienne, peut revêtir un masque et mettre en avant certaines émotions pour en réalité, en dissimuler d’autres. Un mécanisme de défense rarement réfléchi, qui pousserait à mettre soi-même en scène ses émotions. Ainsi, contrôlées ou cachées, elles offrent la possibilité de mentir, à sa propre personne et aux autres.
De plus, les émotions ne sont pas immuables voire parfois peu saines. Elles peuvent être contradictoires s’il on est en proie à un dilemme par exemple. Ou encore s’avérer multiples et à la fois fugaces, selon le fil de la vie. Enfin, elles sont parfois mensonge, lorsque notre mental fomente un amalgame de doutes et suppositions dans le but d’alimenter son emprise.

En somme, il est important de dissocier les émotions enseignées, celles absorbées, de nos émotions propres. Un vrai travail de recherche, de questionnements vis à vis de ses aînés, peut être à entreprendre afin de comprendre et de s’analyser de manière juste.

voyelles rimbaud

Naissance d’un poète dans les Ardennes

Le 20 octobre 1854 naissait Arthur Rimbaud à Charleville-Mézière dans les Ardennes. En 1865, il compose ses premiers poèmes en latin et gagne ses premiers prix. Cependant, il n’a qu’un rêve: voyager!. Celui que l’on appellera plus tard “l’homme aux semelles de vent”, arpente la campagne, fugue, tente de fuire son quotidien par la lecture, l’écriture et les rencontres. C’est en 1870 qu’il se lie d’amitié avec l’un de ses professeurs: Georges Izambard. Celui-ci lui fait découvrir les poètes du Parnasse et les écrits d’Hugo. Rimbaud compose un poème lyrique “Voyelles” ainsi qu’un autre poème connu “Ma bohème”. Après sa troisième fugue, il se rend à Paris et fait la rencontre d’un poète hors du commun: Paul Verlaine.

Les errements d’un poète maudit

En 1872, Verlaine et Rimbaud écument les soirées et les bars parisiens: une vraie vie de bohème! Partageant leur amour pour la littérature, ils vivent une vie chaotique qui inspirera Une Saison En Enfer. Ils connaissent de nombreux déboires et de violentes disputes. L’une d’elle, en 1873, se terminera par deux coups de feu tirés par Verlaine à Bruxelles. Arthur Rimbaud, blessé, regagne Charleville tandis que Verlaine est condamné à deux ans de prison. Une vie possible après la poésie?

Une vie possible après la poésie ?

Entre 1872 et 1875, il compose son dernier recueil “Les Illuminations”. Après ses déboires avec Verlaine et ses égarements, il décide de rejoindre l’Afrique. Il part pour l’Egypte puis Aden en 1880. Il construit une autre vie: il quitte la poésie, se marie, apprend la charpente et se spécialise dans le commerce du café. En 1885, il est même impliqué dans un traffic d’armes pour un souverain d’une province du Harar. Cependant, en 1891, Arthur retrouve les siens à Marseille dans des circonstances tragiques. Atteint d’une tumeur au genou et après des mois de souffrance, il meurt le 10 novembre à l’âge de 37 ans. Verlaine fera publier ses œuvres et rendra hommage à ce poète à l’oeuvre intemporelle.

Ma Bohème (Arthur Rimbaud)

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Arthur Rimbaud, Cahier de Douai (1870)

C’est l’un des poètes français les plus connus comme Victor Hugo ou Arthur Rimbaud. Qui n’a pas durant ses années d’école récité une poésie de Jacques Prévert ? Et si l’on s’attardait un peu plus sur la vie de  ce génie des mots.

Jacques Prévert
Crédit photo flickr

Enfance et débuts dans le mouvement surréaliste

Jacques Prévert est né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine où il passe son enfance. Son père, André, est un homme polyvalent qui exerce divers métiers pour gagner sa vie, mais se passionne pour la critique dramatique et cinématographique et partage son goût pour le théâtre et le cinéma avec son fils. Il a également un grand frère, Jean, qui malheureusement meurt de la typhoïde en 1915.

Jacques est un enfant doué, initié à la lecture par sa mère (Suzanne), dès son plus jeune âge. Cependant, il s’ennuie à l’école et abandonne ses études après l’obtention de son certificat. Il vit alors de petits boulot.

De 1924 à 1928, il est hébergé par Marcel Duhamel qui dirige l’hôtel Grosvenor. C’est à cet endroit que sont logés tous les amis désargentés de Duhamel : Raymond Queneau, Yves Tanguy. Prévert y mettra au point le fameux “cadavre exquis” et ce sera le lieu de naissance du mouvement surréaliste.

Indépendance

Prévert fait preuve de beaucoup d’indépendance d’esprit, ce qui l’empêche de faire véritablement partie d’un groupe et commence alors une carrière d’auteur en solo. Il écrit des textes pour des groupes de musiciens, des troupes de théâtre. Puis il se tourne vers la poésie.

Certains de ses poèmes sont mis en musique par Joseph Kosma dès 1935, et immortalisés par de grands artistes.
Il publie le recueil “Paroles” en 1946 qui rencontre un vif succès. On y retrouve notamment des œuvres magistrales comme Barbara. Il travaille également comme scénariste pour des chefs d’oeuvre du cinéma français comme Quai des Brumes ou encore dans le film d’animation Le Roi et l’Oiseau.

Fin de vie

Il meurt le 11 avril 1977 des suites d’un cancer du poumon, à Omonville-la-Petite, dans la Manche. Il avait alors 77 ans. C’est aujourd’hui sa petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert, qui gère l’œuvre de son grand-père

Barbara de Jacques Prévert : un de ses poèmes les plus connus

Rappelle-toi Barbara

Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là

Et tu marchais souriante

Épanouie ravie ruisselante

Sous la pluie

Rappelle-toi Barbara

Il pleuvait sans cesse sur Brest

Et je t’ai croisée rue de Siam

Tu souriais

Et moi je souriais de même

Rappelle-toi Barbara

Toi que je ne connaissais pas

Toi qui ne me connaissais pas

Rappelle-toi

Rappelle-toi quand même ce jour-là

N’oublie pas

Un homme sous un porche s’abritait

Et il a crié ton nom

Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie

Ruisselante ravie épanouie

Et tu t’es jetée dans ses bras

Rappelle-toi cela Barbara

Et ne m’en veux pas si je te tutoie

Je dis tu à tous ceux que j’aime

Même si je ne les ai vus qu’une seule fois

Je dis tu à tous ceux qui s’aiment

Même si je ne les connais pas

Rappelle-toi Barbara

N’oublie pas

Cette pluie sage et heureuse

Sur ton visage heureux

Sur cette ville heureuse

Cette pluie sur la mer

Sur l’arsenal

Sur le bateau d’Ouessant

Oh Barbara

Quelle connerie la guerre

Qu’es-tu devenue maintenant

Sous cette pluie de fer

De feu d’acier de sang

Et celui qui te serrait dans ses bras

Amoureusement

Est-il mort disparu ou bien encore vivant

Oh Barbara

Il pleut sans cesse sur Brest

Comme il pleuvait avant

Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé

C’est une pluie de deuil terrible et désolée

Ce n’est même plus l’orage

De fer d’acier de sang

Tout simplement des nuages

Qui crèvent comme des chiens

Des chiens qui disparaissent

Au fil de l’eau sur Brest

Et vont pourrir au loin

Au loin très loin de Brest

Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert, « Barbara », in Paroles, paru aux Éditions Gallimard, 1946
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